«Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur une première fois s'est ouvert.» 

A. Camus



On peut s’interroger sur la nécessité ou le besoin impérieux d’écrire, de peindre.
Antérieurement à cette question "pourquoi écrire?" "pourquoi l'art? ", il y a cet engagement ;  avant même le langage qui cherche dans le langage, avant même la vision qui s'ouvre dans le regard.
L'art est puissance de transformation:  ce qui s'éprouve de l'expérience artistique et de la relation au silence, à la solitude, à la feuille/toile blanche, à la nudité de l'âme se pose comme principe nécessaire. Il y a la nécessité de cette écoute et de ce vide en soi qui s'observent comme disposition et (re)connaissance de la transformation qu’ils permettent de vivre.
La connaissance à laquelle entraînent l’écriture par delà le langage et le regard par delà le visible, implique de descendre en soi-même, dans sa mémoire, ses origines, pour puiser la vérité d’une parole dont la force n’existe que dans le risque encouru d'une forme de mort. 

Métamorphose.  Du regard, de la perception, du rapport à ce qui nous lie profondément à l'existence. On pourrait dire que l'art est la remontée à la forme d'une vie souterraine, d'une parole oubliée qui nous engage au monde. 
C’est ce à quoi ouvre tout acte véritablement créatif, en ce qu’il affirme un bouleversement, en ce qu’il enseigne la dépossession de soi, pour regagner un état depuis lequel se pense, s’affirme, se produit, s’élabore le matériau dense de la vie, est qui est demeure de l'impersonnel et de l'universel.
Tel est le paradoxe de tout acte créatif, qui conduit à produire une singularité – d’être, d’être au monde, de langage – mais qui exige de se tenir en un lieu impersonnel, par où traversent les émotions.

On pourrait parler -- au sens antique -- d’un exercice, c'est-à-dire d'une pratique qui, comme un pli répété, viendrait infléchir et travailler un rapport à soi. La pratique de l'art inscrit l’acte créateur dans un engagement plus vaste, à la fois tourné vers le dedans et vers le dehors.  
Ainsi, se retrouvent par l'art, la voix de la mémoire, les grandes questions engageant une présence au monde par où se représentent l'impensable, le désir, la mort, la vie et le rapport à nos origines. N’est-ce pas là dire singulièrement ce que nous portons de notre humanité et comment nous l’habitons ? 

L'art est la forme et le témoignage de cette transformation, qui est à la fois chemin et accomplissement, demeure et exil.